Produire de l'information sur le métabolisme d'un territoire

De Metabolisme territorial
Révision datée du 20 août 2019 à 00:01 par MTAdmin (discussion | contributions) (Personnaliser l'information pour s'adapter à l'utilisateur)
(diff) ← Version précédente | Voir la version actuelle (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : navigation, rechercher

Diversifier le public cible

Nous évoquions §2.X la nécessité (et la difficulté) de rendre intelligibles les AFME auprès des acteurs du territoire dans leur diversité. Afin d'aller vers cet objectif, nous proposons trois aspects que nous intégrons dans nos réflexions :

  • La mise en place d'une grille de lecture du métabolisme,
  • L'expression graphique des résultats des analyses.
  • La possibilité donnée aux acteurs d'accéder à une information personnalisée,



Mise en place d'une grille de lecture du métabolisme

Nous mentionnons dans l'introduction de chapitre que la question de savoir quel est le métabolisme d'un territoire donné est très générale. Il s'agit de décrire l’ensemble des processus techniques et socio-économiques par lesquels un territoire mobilise, consomme et transforme la matière et l’énergie (§2). Nous avons présenté différentes typologies d'applications, sans toutefois évoquer leur mise en œuvre concrète. Il s'agit ainsi plutôt de thématique que de méthode. A travers nos travaux, nous avons toutefois pu esquisser une grille de lecture qui nous paraît aider à rendre plus systématique les analyses de métabolisme.

Les études visent habituellement dans un premier temps la construction du bilan entrées / sorties (BES). C'est une première étape qui constitue un objectif pragmatique et permet de réaliser un premier cadrage des ressources mobilisées par un territoire. Les autres méthodes d'analyses de données présentées précédemment vont permettre d'aller au delà du BES. Nous pouvons ainsi distinguer plusieurs typologies d'analyses possibles : spatiale, temporelle, quantitative, qualitative, ... Cela vient répondre à plusieurs natures d'interrogation : où, quand, combien, quoi ? En poursuivant le fil de cette réflexion, nous reprenons naturellement les interrogations de la méthode empirique "QQOQCCP"[1] pour Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Combien, Pourquoi ? Cette méthode, héritée de la Rome antique à travers l' "hexamètre de Quintilien" (la question combien n'y figurant alors pas), reste très utilisée aujourd'hui. Elle permet de tendre vers une complétude de l'information en précisant des circonstances (Valentin et al. 2010). Appliqué à notre objet d'étude, ces questions nous permettent en effet d'interroger le métabolisme d'un territoire :

  • Qui : Quels sont les acteurs qui échangent, mobilisent et transforment la matière (/ énergie) ?
  • Quoi : Quelles sont les matières mobilisées ?
  • Où : Dans quels territoires / à quels endroits du territoire sont-elles mobilisées ?
  • Quand : A quel moment / à quelle période ?
  • Comment : Par quels moyens de transport (routier, ferroviaire, fluvial, maritime, aérien, pipeline, câble électrique) ?
  • Combien : En quelle quantité ?
  • Pourquoi : Dans quelle but ou intention ?

A la question combien, la réponse peut toutefois différer selon l'unité que l'on souhaite utiliser ([§2...]). En fait il nous semble nécessaire d'ajouter une huitième question :

  • Combien de quoi : dans quelle unité les quantités sont-elles exprimées ?

Ces questions peuvent obtenir des réponses avec des degrés de finesse différents : on peut parler de métaux, ou de fer, d'argent et de cuivre ; on peut les localiser dans une région, dans une ville ou selon des coordonnées GPS ; on peut étudier les flux sur un an, sur un mois ou une semaine, ... Il est également fréquent de ne pas avoir toutes les informations sur les flux, notamment les questions "pourquoi" ou "comment" sont celles dont il est habituellement le plus difficile d'obtenir des éléments de réponse à travers les données. Quant à l'unité ("combien de quoi"), il n'y en a souvent qu'une seule disponible dans les données sources.

Nous pouvons ainsi identifier huit axes d'analyse pour le métabolisme d'un territoire. Ces dimensions peuvent être utilisées pour imaginer et structurer les questions que l'on souhaite aborder, ou au contraire décortiquer des questions pour les rendre explicite (Figure X). A travers cette grille de lecture multidimensionnelle, nous pouvons formuler des problématiques aussi bien générales, qu'opérationnelles et qui sont suffisamment explicites pour en déduire le traitement des données qui permettrait d'apporter des réponses.

  • Où faut-il placer des récupérateurs de matière (verre, organique, ...) pour être accessibles ?

Où / Quoi / Qui

  • Quelles sont les émissions de CO2 d'une ville donnée ?
  • Quelle est l'évolution de la part de matériaux recyclé dans l'économie ?

Expression graphique du métabolisme

Nous mentionnions l'importance de l'approche graphique pour exprimer de manière plus accessible une grande quantité de données. L'approche n'est toutefois pas exempte de biais, et certaines précautions doivent être prises. Toutefois, au regard des huit dimensions du métabolisme, le principal problème de l'expression graphique est sa limite intrinsèque du nombre de dimensions.

Dans les études de métabolisme que nous avons examiné, nous avons identifié quatre formes que peuvent prendre les résultats : Le discours (oral ou écrit), les tableaux de données, les indicateurs, les graphiques. Le discours se base généralement sur d'autres formes de résultats, mais peuvent y associer un raisonnement logique

Après la phase d'analyse à proprement parler, les résultats obtenus doivent devenir humainement appréhendables. Si des tableaux de données (une ou deux dimensions) permettent d'offrir une compréhension à de l'information détaillée, il faut néanmoins pouvoir rendre plus appréhendable l'information globale. Deux autres possibilités s'offrent à nous : les indicateurs et les graphiques.

Le choix d'une approche graphiques et limites graphiques : Vers une projection ?

L’exploration de chacun des volets doit ensuite permettre aux acteurs de comprendre les dynamiques de leur territoire, les conséquences environnementales qui en résultent et les leviers d’action dont ils disposent. Cette exploration peut prendre la forme de textes ou de tableaux de données, mais des indicateurs clefs et des représentations visuelles sont probablement plus efficaces pour toucher un public non averti. Le contenu de ces indicateurs et de ces représentations reste toutefois à définir.

La représentation des résultat prend alors un rôle clef dans les études de métabolisme. En effet, la quantité de données oblige forcément à une synthèse, celle-ci pouvant prendre la forme de texte, de tableau ou de graphique. Dans le premier cas, la quantité d'information qu'il est possible de présenter est assez limité (sauf à prendre la forme d'une longue liste peu digeste de nombres), le tableau a l'avantage de la précision, mais ne permet pas de "visualiser" les phénomènes.

Nous sommes généralement limités graphiquement à 2-3 dimensions d'analyses, voir jusque 5 en abusant de techniques de représentations qui n'améliorent pas forcément la lisibilité. Mais aucune visualisation ne permettrait de représenter le métabolisme d’un territoire dans ses huit dimensions. Nous excluons ainsi la perspective d’une représentation unique des huit dimensions, et nous orientons plutôt vers une multiplicité de représentations explorant chacune une à quatre dimensions. L’objectif final est de pouvoir se construire une représentation cognitive de ce concept en huit dimensions, un peu à l’image de plusieurs clichés en 2D qui permettent de construire un modèle en 3D.

La diversité des représentations permet de proposer aux acteurs celles qui leur conviennent le mieux et les plus proches de leurs considérations métier (Flichy 2013). C’est aussi un moyen de valider les données, en les abordant sous différents angles, là où une représentation unique ne le permettrait pas (Davis 2012).

Personnaliser l'information pour s'adapter à l'utilisateur

Nous mentionnions précédemment la nécessité de rendre plus intelligibles les analyses de flux auprès d'une grande variété d'acteurs du territoire et pas seulement auprès des acteurs académiques (§2). C'était par exemple l'intention du document de synthèse (6 pages) de l'étude menée par (Région Alsace & Ademe 2015) à destination du grand public. Ce document regroupe représentations et indicateurs clefs, ainsi que certains faits qui dressent une image générales des ressources matérielles mobilisée par la région. L'esthétisme du document vient également appuyer le contenu en le rendant plus attrayant qu'un article scientifique. En revanche, si le document permet de présenter certains aspects de la dynamique territoriale, il reste un document général qui n'a pas de portée opérationnelle. Il nous semble ainsi pertinent de pouvoir décliner cette étude globale en différentes études plus spécifiques (au périmètre plus restreint) afin d'aborder des questions opérationnelles. C'est en partie l'approche que nous mettons en œuvre §5.

Une autre approche disponible dans la littérature est la mise en place d'outils d'aide à la décision en lien avec des données à propos du métabolisme (Chrysoulakis et al. 2015 ; Courtonne 2016). Ces outils reposent sur différentes approches (analyse multi-critères, représentation cartographiques ...) et sont généralement plutôt destinés à un public initié (élus, architectes, ingénieurs ...) plutôt qu'au grand public.

Dans nos travaux, nous privilégions la piste des représentations graphiques qui nous semblent être un excellent vecteur d'information pour atteindre une grande diversité d'acteurs (§1). Une fois réalisées, les représentations graphiques peuvent être facilement partagées et/ou interpeller sur des points particuliers que reflètent les données. Toutefois, comme nous l'avons vu, la représentation du métabolisme d'un territoire passe par une multitude de projections graphiques selon différentes dimensions. Plusieurs paradigmes (non exclusifs) s'offrent ainsi à nous en ce qui concerne ces représentations graphiques :

  • choisir au préalable celles à présenter au public cible (par ex: Région Alsace & Ademe 2015)
  • les rendre interactives pour permettre au public d'explorer lui-même les données plus en détail (par ex: Elioth 2014),
  • permettre au public de fabriquer lui-même la représentation graphique qui l'intéresse.

Les approches sont présentées dans un ordre croissant de personnalisation, mais aussi de complexité dans les outils à mettre en œuvre. La troisième approche présentée, dont nous n'avons pas connaissance d'exemple concret fait l'objet de notre attention. Nous conceptualisons ainsi dans le chapitre §4 un système d'information dont l'un des objectifs est de faciliter la construction de graphiques paramétrables pour explorer des données liées au métabolisme des territoires.

Autres notes



Références

• Chrysoulakis, N., Castro, E., Moors, E., 2015, Understanding urban metabolism: a tool for urban planning. Routledge
• Courtonne, J., 2016, Evaluation environnementale de territoires à travers l'analyse de filières : la comptabilité biophysique pour l'aide à la décision délibérative. Thèse de doctorat en Sciences de gestion. Université Grenoble Alpes. [En ligne] URL : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01421664. Consulté le 19 avril 2018.
• Elioth, 2014, Métabolisme Urbain de Paris. [En ligne] URL : http://metabolisme.paris.fr/. Consulté le 19 avril 2018.
• Région Alsace, Ademe, 2015, Consommations, besoins et richesses du territoire alsacien. [En ligne] URL : https://alsace.ademe.fr/sites/default/files/files/Domaines-intervention/Economie-circulaire/synthese_etude_de_flux_juillet2015.pdf. Consulté le 19 avril 2018.
• Valentin, A., Lancry, A., Lemarchand, C., 2010, La construction des échantillons dans la conception ergonomique de produits logiciels pour le grand public. Quel quantitatif pour les études qualitatives ?, Le travail humain, 73, pp. 261-290. Presses Universitaires de France. DOI : 10.3917/th.733.0261


Notes de bas de pages

  1. Dont nous nous rappelons plus facilement de la version mnémotechnique CQQCOQP.
KeyRefchrysoulakis2015 +, courtonne2016 +, regionalsace2015 +, valentin2010 + et elioth2014 +
PageLabelProduire de l'information sur le métabolisme d'un territoire +