Transmettre l’information sur le métabolisme d’un territoire

De Metabolisme territorial
Aller à : navigation, rechercher

Le développement économique de nos sociétés est accompagné de prélèvements et de rejets dans la biosphère (air, eau, sols, …) qui ne sont pas durables. Ces flux de matières de toutes sortes (produits alimentaires, métaux, énergies fossiles, …) sont au cœur du fonctionnement économique et social d’un territoire (une ville, une région, un pays). Etape après étape, la matière est extraite, transformée, transportée, consommée et bien trop souvent jetée. Afin d’orienter le développement de nos sociétés vers des modèles plus soutenables, il est essentiel de mieux comprendre comment toute cette matière circule et est transformée. L’approche par le « métabolisme territorial » vise précisément à qualifier et quantifier ces flux de matière[1] mobilisés par le système socio-économique d’un territoire (Barles 2008). Elle permet de mieux évaluer les besoins matériels de nos sociétés et la pression engendrée sur l’environnement, en offrant un cadre global de compréhension (Hoornweg et al. 2012).

Évaluer correctement le métabolisme d’un territoire est un exercice long et difficile qui requiert de mobiliser un très grand nombre de données (CGDD 2014). Mais la plus grande difficulté réside dans la restitution des résultats auprès des acteurs territoriaux, ces derniers n’étant pas forcément familier des spécificités de l’exercice.

Cette restitution est nécessaire : ces acteurs contrôlent en effet collectivement le métabolisme de leur territoire à des degrés divers selon qu’ils soient élus, agents économiques ou simples citoyens. Ils ont besoin de comprendre en quoi leurs actions individuelles et collectives impactent l’environnement afin de pouvoir assurer une véritable transition vers une économie durable (Buclet 2015). La construction d’une vision partagée des dynamiques de leur territoire permet aussi une collaboration renforcée entre ces acteurs (Laganier et al. 2002).

Ainsi, l’importante masse de données collectée pendant l’exercice de quantification du métabolisme doit pouvoir se décliner en une information utile et appréhendable par les acteurs du territoire. L’approche privilégiée dans les travaux actuels consiste à décliner l’étude du métabolisme territorial en différents volets thématiques, puis d’explorer chaque volet à travers des informations clefs et des représentations graphiques.

La déclinaison en volets thématiques permet de réduire la difficulté d’une analyse globale en la décomposant en plusieurs cadres voulus cohérents. Nous pouvons par exemple imaginer des volets "matière organique", "métaux", "minerai", "transport", "réchauffement climatique", "Équipements électriques et électroniques" (Bahers 2012) ... Éventuellement, ces volets peuvent se recouper sur certains aspects, avec par exemple l’effet de la décomposition de la matière organique sur le réchauffement climatique.

L’exploration de chacun des volets doit ensuite permettre aux acteurs de comprendre les dynamiques de leur territoire, les conséquences environnementales qui en résultent et les leviers d’action dont ils disposent. Cette exploration peut prendre la forme de textes ou de tableaux de données, mais des indicateurs clefs et des représentations visuelles sont probablement plus efficaces pour toucher un public non averti. Reste à définir le contenu de ces indicateurs et de ces représentations …

Durant les travaux menés jusqu’à présent, nous avons identifié huit dimensions d’analyses du métabolisme territorial. Nous pouvons étudier la nature des flux, leur temporalité, leur spatialisation, leur quantité, selon différentes unités, les acteurs qui les manipulent, l’intention pour lesquels ils sont manipulés et leur moyen de transport. D’un autre côté, l’espace graphique est limité à deux dimensions. Certaines techniques de visualisation de données, en jouant sur les formes et couleurs, permettent d’aller au-delà d’une analyse en seulement deux dimensions. Mais il ne semble pas possible d’analyser plus de quatre dimensions simultanément, éventuellement cinq pour les graphiques dynamiques . Ainsi, aucune visualisation ne permettrait de représenter le métabolisme d’un territoire dans ses huit dimensions. L’approche retenue consiste donc en une multiplicité de représentations explorant une à quatre dimensions pour transmettre l’information sur un concept en huit dimensions, à l’instar de plusieurs clichés en 2D qui permettent de reconstituer une image en 3D.


Le groupe de travail Metabolism of Cities  (2016) a également rassemblé de nombreuses suggestions de visualisation de données pour représenter le métabolisme urbain.

Les travaux menés pendant cette thèse visent donc à poursuivre ce travail pour déterminer les représentations graphiques les plus adaptées pour les acteurs du territoire. Il s’agit de rendre parlant les enjeux liés aux flux de matières et d’énergie, et de réitérer facilement l’exercice pour d’autres territoires. Evidemment, tous ces acteurs n’ont pas tous les mêmes besoins ni sur le fond, ni sur la forme. Aussi, ces représentations doivent autant apporter des informations générales accessibles au grand public, que des informations spécifiques pour les techniciens du territoire (urbanistes, logistique des ordures ménagères, service des eaux …). La diversité des représentations permet de proposer aux acteurs celles qui leur conviennent le mieux et les plus proches de leurs considérations métier (Flichy 2013). C’est aussi un moyen de valider les données, en les abordant sous différents angles, là où une représentation unique ne le permettrait pas (Davis 2012).

Nous illustrerons notre approche à travers une première esquisse du volet portant sur le circuit de la matière alimentaire à l’échelle de la ville de Strasbourg. Un des principales problématiques associée à ce volet est celle de l’épuisement des sols (Peyraud et al. 2015) causé par un retour à la terre insuffisant de la matière organique. Nous tenterons ainsi brièvement, à travers différentes visualisations, de comprendre quelques éléments de la dynamique strasbourgeoise en matière de gestion de la matière alimentaire. Il s’agit d’essayer d’apporter des réponses à des questions concrètes comme : « Quels sont les besoins alimentaires d’une ville comme Strasbourg », « Est-ce que la population a facilement accès à un point de collecte des déchets alimentaires ? », « Quels sont les principaux acteurs manipulant cette matière ? », « Quel est le degré d’autosuffisance de la ville ? », « Que devient la matière organique ? », « Quel est le poids de la ville vis-à-vis des problèmes d’épuisement des sols ? » …

Bibliographie

  1. Les flux d’énergie sont souvent également inclus dans les études de métabolisme territorial.
KeyRefbarles2008 +, hoornweg2012 +, cgdd2014 +, buclet2015 +, laganier2002 +, bahers2012 +, metabolismofcities2016 +, flichy2013 +, davis2012 + et peyraud2015 +